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Discours de Gérard Niyondiko : Il faut croire en ses rêves

Discours de Gérard Niyondiko : Il faut croire en ses rêves

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Discours prononcé le 14 Mars 2015 lors de sa participation à TEDxAbidjan


« Ce n’est pas mal de rêver, surtout si on fait de bons rêves« . disait un grand homme.

Ce soir, vous êtes en face d’un rêveur, qui s’est battu pour réaliser son rêve. Et mon expérience, pourra pourquoi pas, inspirer certaines personnes, ici présentes, qui ont de bons rêves et qui aimeraient s’engager dans cette bataille pour les voir devenir une réalité, surtout en identifiant leur étoile polaire, tel que l’a indiqué le thème de cette journée.  Je vais donc partager avec vous, quelques points qui m’ont permis d’arriver là où je suis aujourd’hui, et qui m’aident à avancer un peu plus chaque jour.

Pour retrouver l’étoile polaire, il faut d’abord avoir une vision claire; savoir où vous voulez aller. Et moi j’ai eu ma vision quand j’ai obtenu mon BAC. Je voulais devenir un médecin, faire de la médecine. A l’époque c’était une voie très convoitée, même aujourd’hui ça l’est encore au Burundi. Mais  après mon BAC, j’ai été orienté dans un institut à l’université du Burundi dans le département de biologie-chimie. C’était un cycle de 5ans où l’on devenait licencié en biologie ou en chimie, agrégé pour l’enseignement. En tant que croyant, j’ai prié, insisté afin d’avoir une réorientation. J’ai même fais des recours auprès du ministère de l’enseignement supérieur, mais la décision n’a pas changée. Face à cela, j’ai pris un temps pour réfléchir et j’ai compris que, c’est ça la volonté de Dieu pour moi. Je pouvais réaliser ma vision en empruntant un chemin différent. J’ai décidé de faire cet institut, malgré le fait que les gens autour de moi, surtout ceux de ma famille étaient très déçus, parce qu’ils voyaient en moi un enseignant misérable qui était condamné à la pauvreté.

Tu sais, je suis très déçu de toi….

C’est cela l’image peu reluisante des enseignants dans mon pays; je ne sais pas si c’est pareille à Abidjan. Je me rappelle un jour, quelqu’un de ma famille qui m’avait beaucoup aidé et soutenu dans mes études m’a dit : « Tu sais, je suis tellement déçu de toi…. J’avais cru que tu étais intelligent mais voilà… Tu penses que tu deviendras quelqu’un si tu fais vraiment cet institut ? Et moi je lui répondis : « Je suis certain que je deviendrai quelqu’un ». C’est à partir de là que j’ai décidé de devenir un chimiste.

faso1Vous pouvez poser la question : pourquoi être un chimiste? Parce qu’il y avait un choix entre la biologie et la chimie. J’ai grandi dans une région où l’on exploite beaucoup le palmier à huile comme ici en Côte d’Ivoire, et je voyais autour de moi, des gens qui n’avaient pas fait de longues études mais qui arrivaient à gérer des petites usines de fabrication. Alors je me suis dit qu’avec ma formation en chimie, je pouvais créer une entreprise de fabrication de savon et j’étais tellement persuadé que je le ferai mieux que les autres…

Après ma formation, j’ai commencé à travailler en tant qu’enseignant dans un lycée et effectivement comme on l’avait prédit, j’ai constaté qu’il me serait très difficile de réaliser mon rêve avec mon salaire. Il fallait se donner des moyens pour réussir. J’ai pris en exemple un cousin de l’époque qui était lui aussi un chimiste qui travaillait dans un complexe textile dans mon pays mais qui arrivait à vendre des électrolytes qu’il fabriquait à la maison. Actuellement il est le PDG de son entreprise de recyclage de déchets agricoles. Alors je me suis donné des alternatives moi aussi.

Premièrement, travailler dur en initiant des micros projets dans l’espoir que leurs réussites me conduiraient à réaliser quelque chose de plus grand. Deuxièmement, chercher à faire une formation de 3eme cycle parce que je me disais que l’acquisition d’un diplôme supérieur me permettrait d’avoir d’autres opportunités. Depuis 2005, je me suis battu sur ces 2 fronts. J’ai rencontré beaucoup d’obstacles, mais j’ai persévéré. Je croyais qu’un jour j’arriverais à trouver un chemin pour réaliser mon rêve.

J’ai donc initié des activités économiques parallèlement à mon métier d’enseignant. J’ai investi tous mes premiers mois de salaire dans la culture du riz et dans le commerce des produits de « seconde main » qu’on appelle surtout au Burkina les France-au revoir.

Les résultats furent catastrophiques. Non seulement je n’ai eu de bénéfices, mais j’ai perdu tout mon capital!

En ce qui concerne la formation de 3eme cycle, j’ai envoyé partout des dossiers afin d’obtenir une bourse d’étude, mais je me rappelle que 3 fois, mon dossier a été rejeté parce que j’étais un enseignant du secondaire. C’était comme si ce qu’on avait prédit… Mais j’avais une seule idée en tête. Je me disais que j’allais postuler partout où l’opportunité se présenterait… jusqu’à ce qu’un jour, on me dise que je suis vieux et que j’ai dépassé l’âge d’étudier. Euh…

Comme l’as dit cet historien d’état français : le monde appartient aux optimistes, les pessimistes ne sont que des spectateurs. Malgré tout ce que les gens pouvaient raconter,  j’avais cette confiance qu’un jour je finirais par réaliser mon rêve. Je n’ai pas abandonné, j’ai essayé une autre activité. J’ai lancé une boutique, et on l’a cambriolée 3 fois. J’ai été obligé de fermer.

C’est à partir de ce moment que j’ai appelé ma femme et que je lui ai dit : Nous pensons que nous nous allons réussir à réaliser notre rêve en commençant par de petits projets mais peut-être que Dieu veut qu’on passe directement au projet principal.

Dès lors j’ai commencé à mettre sur papier mon idée de création d’entreprise de fabrication de savon. Effectivement, ma persévérance a fini par payer parce qu’en 2012, l’ambassade de France a accepté de financer ma formation au Burkina Faso dans une école d’ingénieurs le 2IE. Effectivement, ce n’était pas facile aussi là, même si c’était une opportunité qu’on attendait, parce que ma femme qui travaillait à cette époque dans une micro-finance venait d’être mise en chômage parce que la micro finance venait de fermer. Pour saisir cette opportunité je devais trouver le moyen de mettre en sécurité toute ma famille. Ma femme et moi avons réfléchi mais nous avons gardé la foi et c’est elle même qui m’a encouragé à poursuivre mon rêve. Du coup je suis venu au Burkina.

faso2Arrivé là-bas, j’ai commencé à suivre des cours sur la création d’entreprise, la rédaction d’un business plan,  et j’étais très émerveillé. Je me disais : « en tout cas, je suis là où je devrais être« . C’est ainsi que j’ai rencontré mon partenaire Moctar Dembélé. Et dans un travail de groupe pour la création de l’entreprise, j’ai partagé mon idée sur la création d’un savon anti-moustique. Et Moctar frappé par l’idée, est revenu après me demander : « est-ce qu’on ne peut pas travailler ensemble, dans une compétition internationale dédiée sur entrepreneuriat social, et surtout avec ton idée ? J’ai accepté son offre parce que je voulais soumettre mon projet dans les compétitions internes de l’école, je ne connaissais pas cette compétition. Du coup, nous nous sommes lancés dans cette aventure qui nous à fait arriver à Berkeley en Californie en 2013.

Lors de la compétition,  il y avait énormément de projets intéressants. On se disait qu’on était les moins favorisés surtout avec notre pauvre niveau d’anglais. Mais tout au fond de notre cœur nous savions que nous avions également les armes gagner cette compétition.

Je me rappelle que lors du dîner, de la remise des prix, les organisateurs nous avaient installé sur la première table mon partenaire et moi. Du coup, quand j’ai vu cela, j’ai soufflé à l’oreille de l’un de nos coachs : ça ne te dit pas quelque chose le fait qu’on nous ait mis sur la première table ? Après avoir éclaté de rire, il me regarda dans les yeux et me dit : Gérard, ne pense pas que vous serez les premiers ici.  Et voilà, non seulement nous avons eu le premier prix mais nous avons également obtenu deux autres prix. C’était la première fois dans l’histoire de cette compétition qu’une seule équipe gagne deux prix, qu’une équipe francophone remporte cette compétions et surtout qu’une équipe Africaine gagne le premier prix dans cette compétition  qui avait jusque là récompensé des américains. Après cela, je me suis dit : Ah, mon rêve commence petit à petit à devenir une réalité. Et cela m’a ouvert d’autres portes, d’autres opportunités que je poursuis toujours aujourd’hui.

Je ne peux pas vous dire si j’ai trouvé mon étoile polaire, ou pas, c’est à vous de juger. De toute façon, moi je suis toujours sur la route et je continue à me battre.

Ne laissez pas les circonstances ou quelqu’un d’autre choisir votre destinée. Il faut vivre le rêve de votre vie car si vous savez où vous voulez allez, si vous persévérez, si vous n’abandonnez pas, si vous n’avez pas peur de prendre des risques, même si tout semble naviguer dans le sens contraire, sachez que, vous êtes déjà sur la voie du succès. En persévérant, vous finirez par trouver votre étoile polaire qui vous mènera sur à bon port. Comme l’as dit Jonathan Winter : « si le navire de la chance n’arrive pas jusqu’à votre queue, il faut nager à sa rencontre. »

Je vous remercie.

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Andeka OULE Co-fondateur du projet "Nes Pour Briller". Écrivain en Herbe | Spécialiste Marketing Digital | Entrepreneur social, passionné de l’Afrique et de toutes les questions de développement. One Young World Ambassadeur depuis 2013.

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