Accueil Les Histoires NELSON MANDELA, au nom de la liberté
NELSON MANDELA, au nom de la liberté

NELSON MANDELA, au nom de la liberté

2
0

Fils d’un chef Thembu, Rolihlahla Mandela dit Nelson Mandela est né en 1918 à Mvezo dans la province sud-africaine de l’Umtata. Rolihlahla signifie « enlever une branche d’un arbre » ou plus familièrement « fauteur de trouble ». Son père, chef du village de Mvezo, Gadla Henry Mphakanyiswa s’oppose aux autorités coloniales. Ces dernières le déchoient de sa fonction et exilent sa famille dans le village de Qunu. Malgré cela, Mphakanyiswa reste un membre du conseil privé du roi. Il joua un rôle capital dans l’accession du nouveau régent Jongintaba Dalindyebo au trône Thembu.

Alors qu’il n’a que neuf ans, son père décède d’une tuberculose. Le régent Jongintaba, reconnaissant pour l’aide que lui avait apporté le défunt, adopte Mandela. Il va alors à l’école d’une mission méthodiste située à côté du palais du régent et devient le premier membre de sa famille à bénéficier de l’instruction. C’est là que son institutrice, Miss Mdingane, lui donne le nom anglais de Nelson (une pratique courante à cette époque).

Suivant la coutume Thembu, il est initié à l’âge de seize ans et va au Clarkebury Boarding Institute. Il passe son Junior Certificate en deux ans au lieu des trois ans habituels. Désigné pour hériter de la fonction de conseiller de son père, il part en 1937 à l’école méthodiste d’Healdtown à Fort Beaufort où étudie la plupart de la famille royale Thembu.

Diplômé, il rejoint l’université de Fort Hare pour faire un baccalauréat en arts. Il y découvre le nationalisme africain et n’est pas convaincu par le marxisme diffusé par le Parti communiste sud-africain. Il adhère donc à la doctrine de non-violence prônée par Gandhi. Gandhi, qui avait commencé sa résistance non-violente alors qu’il était en Afrique du Sud, influence non seulement les méthodes de Nelson Mandela mais aussi celle de plusieurs générations d’activistes anti-apartheid qui y voient une méthode pour lutter contre l’oppression et le colonialisme. À la fin de sa première année, en tant que membre du conseil représentatif des étudiants, il est impliqué dans le boycott du règlement universitaire qui veut transformer le conseil en simple chambre d’enregistrement. Il est alors renvoyé de l’université.

Peu après avoir quitté Fort Hare, le régent lui annonce ainsi qu’à son fils et héritier Justice qu’il a organisé un mariage arrangé pour chacun d’eux. Les deux jeunes hommes, mécontents de cet arrangement, décident de s’enfuir à Johannesburg. A son arrivée, Nelson Mandela trouve un emploi de garde dans une mine. Cependant, l’employeur annule vite le contrat quand il s’aperçoit que Mandela est le fils adoptif en fuite du régent. Nelson Mandela travaille ensuite comme employé dans un cabinet d’avocat grâce à ses relations avec Walter Sisulu, son ami et mentor. Tout en travaillant, Nelson Mandela complète son diplôme de Baccalauréat en arts à l’Université d’Afrique du Sud par correspondance. Ensuite, il commence des études de droit à l’Université du Witwatersrand où il rencontre de nombreux futurs activistes anti-apartheid.

1ère partie de la lutte contre l’Apartheid : la résistance non-violente
En 1944, Nelson Mandela rejoint le Congrès national africain (ANC) et fonde la Ligue de jeunesse de l’ANC avec Walter Sisulu et Oliver Tambo. Elle incite aux actions de masse afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et la ségrégation raciale qui s’uniformise sur l’ensemble des 4 provinces depuis la fondation de l’Union Sud-Africaine. Depuis 1913, le Native Land Act (« loi sur la propriété foncière indigène ») interdit aux Africains d’être propriétaires de terres en dehors des « réserves » indigènes existantes. Seul 7 % de la superficie totale de l’Union sud-africaine sont alors attribuées aux Noirs. Cette loi provoque l’expropriation de nombreux paysans indépendants noirs et la constitution d’un prolétariat agricole. En 1923, le Native Urban Areas Act (« loi sur les régions urbaines indigènes ») introduit la ségrégation résidentielle. Ensuite en 1936 est abrogé le Representation of Natives Act (loi sur la représentation des indigènes), ce qui remet en cause le droit de vote des Noirs dans la province du Cap. Enfin, en 1942, les grèves des travailleurs noirs sont interdites.

Aux élections générales de 1948, la victoire du Parti national entraîne la mise en place d’une nouvelle politique de ségrégation sous le nom d’apartheid, où le rattachement territorial puis la nationalité et le statut social dépendent du statut racial de l’individu, défavorisant largement la population noire et interdisant les mariages mixtes, entre autres. En 1951, Olivier Tambo et Nelson Mandela deviennent les deux premiers avocats noirs de Johannesburg.

En 1952, Nelson Mandela est élu président de l’ANC du Transvaal et vice président national. Il mène avec l’ANC la Defiance Campaign qui prône la désobéissance civile contre les lois considérées injustes. Le moment le plus marquant de cette campagne est la une manifestation du 6 avril 1952, date du 300e anniversaire de la fondation du Cap par le néerlandais Jan van Riebeeck et de la première installation de blancs en Afrique du Sud. Sur les 10 000 manifestants, 8 500 y compris Nelson Mandela sont arrêtés. La Defiance Campaign continue en octobre avec des manifestations contre les lois de ségrégation et contre le port obligatoire de laissez-passer pour les noirs. Le gouvernement Malan modifie alors la loi sur la sécurité publique (public safety act de 1953) autorisant le pouvoir à suspendre les libertés individuelles, à proclamer l’état d’urgence et à gouverner par décrets. Mandela est condamné à neuf mois de prison avec sursis. Il se voit aussi interdire toute réunion et est placé en résidence surveillée chez lui à Johannesburg. Pendant ce temps, il organise l’ANC en cellules clandestines.

En 1955 a lieu le congrès du peuple qui adopte la charte de la liberté qui donne les bases fondamentales du mouvement anti-apartheid. Pendant cette période, Nelson Mandela et son ami Oliver Tambo dirigent leur cabinet d’avocat Mandela & Tambo. Ce cabinet fournissait un conseil juridique gratuit ou à bas-coût pour les nombreux noirs qui ne peuvent payer les frais d’avocats.

Mandela modère son fort anti-communisme chrétien pour demander l’union entre les nationalistes noirs et les blancs du parti communiste sud-africain dans la lutte contre l’apartheid. Le Supression communist act du gouvernement considère comme communiste toute personne cherchant à provoquer un changement politique, industriel, économique ou social par des moyens illégaux. Il n’existe alors aucune possibilité, en dehors du système judiciaire, pour les noirs de lutter contre l’apartheid. Ce qui contraint tous les courants allant du nationalisme au révolutionnaire à s’unir. Au niveau législatif, seuls le Parti Uni représentant l’opposition blanche et les métis, et le parti libéral de Margareth Ballinger essayent de lutter contre l’apartheid. Le 5 décembre 1956, alors qu’ils sont engagés dans une résistance pacifique, Mandela et 156 autres personnes sont arrêtés et accusés de trahison. Un procès marathon qui dure de 1957 à 1961 s’ensuit, où tous les accusés, bien défendus notamment par des fonds internationaux, exploitent habilement toutes les imprécisions de la législation et sont progressivement relâchés puis acquittés par la justice Sud-Africaine.

De 1952 à 1959, une nouvelle sorte d’activistes noirs connus sous le nom d’Africanistes troublent les activités de l’ANC dans les townships, demandant une action plus drastique contre la politique du gouvernement. La direction de l’ANC pense que non seulement les africanistes veulent aller trop vite, mais aussi qu’ils remettent en question son autorité. L’ANC renforce donc sa position en faisant des alliances avec des petits partis politique blancs, indiens et colorés dans une tentative d’apparaître plus rassembleur que les africanistes. En 1959, l’ANC perd son plus grand son soutien militant quand la plupart des africanistes, qui ont l’aide financière du Ghana et politique des Basothos, font sécession pour former le Congrès panafricain (PAC) sous la direction de Robert Sobukwe.

2ième partie de la lutte contre l’Apartheid : campagne de sabotage et préparation à la lutte armée

Le 21 mars 1960 a lieu le massacre de Sharpeville, un township de Vereeniging dans le sud du Transvaal. Lors d’une manifestation du Congrès panafricain contre l’extension aux femmes du Pass book*, une soixantaine de policiers appuyés par des véhicules blindés tire sans sommation sur une foule d’environ 5 000 personnes. Il y’a 69 morts dont 8 femmes et 10 enfants ainsi que 180 blessés dont 31 femmes et 19 enfants. Selon les policiers, les tirs ont été dus à la panique et à l’inexpérience des agents. Ces derniers auraient essuyés, selon elle, des jets de pierres. La Commission de la vérité et de la réconciliation conclura selon les témoignages de manifestants que les tirs étaient délibérés. Le gouvernement déclara l’état d’urgence face aux manifestations qui s’ensuivent. Elle interdit aussi l’ANC et le PAC. Les leaders de ces partis étaient soit emprisonnés soit assignés à résidence. Albert Lutuli, le président de l’ANC, obtient le prix Nobel de la paix la même année.

Nelson Mandela abandonne la stratégie non-violente de l’ANC et fonde en 1961 l’Umkhonto we Sizwe (MK), réseau prônant l’action armée. Il lance en mai 1961 avec succès une grève générale, le «stay at house». Les grévistes restèrent à leurs domiciles obligeant le gouvernement à faire intervenir la police et l’armée. Mandela écrit et signe un plan de passage graduel à la lutte armée. Il coordonne des campagnes de sabotage contre des cibles militaires et gouvernementales, préparant des plans pour une possible guérilla si les sabotages ne suffisaient pas à mettre une fin à l’apartheid. Nelson Mandela décrit le passage à la lutte armée comme un dernier recours. L’augmentation de la répression, des violences policières et de l’état le convainc que des années de lutte non-violente contre l’apartheid n’ont apporté aucun progrès.

Il encourage le sabotage qui n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales avant de s’engager dans « la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte ». Un membre de l’ANC, Wolfie Kadesh, explique la campagne de sabotage à la bombe menée par Mandela: « (…) faire exploser des lieux symboliques de l’apartheid, comme des bureaux d’attribution du Pass Book, la cour de justice pour natifs et des choses comme ça… Des bureaux de poste et… Des bureaux du gouvernement. Mais nous devions le faire d’une telle façon que personne ne serait blessé, personne ne serait tué. ». Mandela dira de Kadesh: « Sa connaissance de la guerre et son expérience de première main du combat m’ont été extrêmement précieuse. ».
Mandela collecte aussi des fonds à l’étranger pour le MK et organise l’entrainement paramilitaire du groupe. Il suit une formation militaire dans l’Algérie nouvellement indépendante et étudie Clausewitz, Mao Zedong, Che Guevara et les spécialistes de la Seconde Guerre des Boers.

Arrestation et procès de Rivonia

Le 5 août 1962, Nelson Mandela est arrêté après 17 mois de clandestinité et est emprisonné au fort de Johannesburg. L’arrestation a été rendue possible par la CIA qui a renseigné la police sur la cachette et le déguisement de Mandela en chauffeur de voiture. Il est en effet considéré comme un «terroriste» et un «communiste» dans le contexte de guerre froide où l’apartheid veut se présenter comme une défense contre le communisme en Afrique Australe. Trois jours plus tard, les accusations d’organiser une grève en 1961 et quitter le pays illégalement lui sont lus. Le 25 octobre, il est condamné à cinq ans de prison.

Pendant son emprisonnement, la police arrête onze dirigeants de l’ANC à Rivonia où est situé le quartier général de la direction d’Umkhonto, le 11 juillet 1963. Parmi eux figurent Walter Sisulu et Govan Mbeki. Nelson Mandela et ses compagnons sont accusés non seulement de sabotage et de trahison mais aussi de comploter une invasion du pays par l’étranger, ce que Mandela dément. Le procès de Rivonia débuta le 9 octobre 1963 et s’acheva le 12 juin 1964. Dans sa déclaration pour sa défense le 20 avril 1964, devant la Cour suprême à Pretoria, Nelson Mandela expose clairement le raisonnement qui l’a fait recourir à la violence comme tactique. Il révèle comment l’ANC a utilisé des méthodes pacifiques pour résister à l’apartheid pendant des années, jusqu’au massacre de Sharpeville, la déclaration de l’état d’urgence et l’interdiction de l’ANC par le gouvernement, qui leur a montré que leur seul choix était de résister à travers des actes de sabotage. Faire autrement aurait été pour eux pareil à une capitulation sans condition. Il explique comment ils ont écrit le manifeste du Umkhonto we Sizwe avec l’intention de montrer l’échec des politiques du Parti National quand l’économie serait menacée par le manque de volonté des étrangers à risquer des investissements dans le pays. Il finit sa déclaration par ces paroles:

« Toute ma vie, je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et réussir. Mais si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. »

L’avocat afrikaner Bram Fischer fait partie de l’équipe de la défense qui représente les accusés. Ils sont tous jugés coupable, à l’exception de Lionel Bernstein (acquitté). Ils échappent à la peine de mort et sont condamnés à la prison à vie le 12 juin 1964.Il est emprisonné au pénitencier de Robben Island où il restera 18 de ses 27 années de prison.

Libération, présidence et retraite

Le 2 février 1990, F.W. de Klerk prononce la levée de l’interdiction de l’ANC et des autres organisations anti-apartheid. Il annonce aussi que Mandela sera libéré sous peu. Nelson Mandela est libéré le 11 février 1990. L’événement est retransmit en direct dans le monde entier. Les deux hommes conduisent alors les négociations qui mettent fin à l’apartheid, ce qui leur vaudra de recevoir le prix Nobel de la paix en 1993.

À la suite des premières élections générales multiraciales du 27 avril 1994, remportées largement par l’ANC (62,6% des voix), Nelson Mandela est élu Président de « la nation de l’arc-en-ciel » et prête serment aux Union Buildings de Pretoria le 10 mai 1994 devant une grande partie des responsables politiques internationaux, d’Al Gore à Fidel Castro. Il occupa ces fonctions jusqu’en 1999 puis quitta la vie politique. Sa retraite n’est cependant pas inactive. Il participe à de nombreuses œuvres caritatives et a toujours une forte influence nationale et internationale, prenant position sur de nombreux sujets. Pour continuer de lutter pour les valeurs qui lui tiennent à cœur, il fonde un fond d’aide à l’enfance en 1994 et la Fondation Nelson-Mandela en 1999 pour favoriser l’éducation, le devoir de mémoire et la lutte contre le SIDA. La fondation est financée en partie par une série de concerts internationaux, les concerts 46664, dont le nom vient du numéro de prisonnier de Mandela.

Il devient aussi le porte-parole de nombreuses organisations d’aide sociale ou de défense des droits de l’homme. Il soutient le mouvement international Make Poverty History duquel fait partie la campagne ONE. Le tournoi de golf de charité Nelson Mandela, soutenu par Gary Player, a rapporté plus de 20 millions de rands pour l’aide à l’enfance depuis sa création en 2000. Mandela soutient également SOS Villages d’Enfants, la plus grande organisation mondiale dédiée à l’éducation des enfants orphelins ou abandonnés.

(*) Pass book : laissez-passer que les hommes noirs étaient obligés d’avoir constamment sur eux sous peine d’être arrêtés ou déportés.

NesPourBriller

NesPourBriller.net est une initiative dont la mission première est de montrer à la jeunesse des modèles afin d’édifier une nouvelle génération d’Africains unis qui œuvrent pour sortir ce continent de sa léthargie. Cette initiative est née d’un constat: la jeunesse Africaine a le potentiel requis pour pousser notre continent vers le développement.

Laisser un commentaire